Il y a des icebreakers qui demandent beaucoup de matériel, beaucoup d’explications, ou beaucoup d’énergie pour un résultat finalement assez moyen. Et puis il y a ceux qui paraissent presque trop simples pour être intéressants. Portraits croisés, clairement, fait partie de la deuxième catégorie. Sur le papier, la consigne tient en quelques secondes : deux personnes se mettent ensemble, se regardent, et se dessinent sans regarder leur feuille.
Dit comme ça, cela peut sembler un peu absurde. En vrai, c’est surtout très drôle, très vivant, et souvent beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît parce qu’en quelques minutes, il se passe déjà plein de choses : on s’observe vraiment, on accepte de ne pas maîtriser, on ose se montrer maladroit, et on rit ensemble sans avoir besoin d’en faire des tonnes. Ici, le but n’est pas de produire un dessin ressemblant, mais de vivre une expérience d’observation et de partage. Et pour démarrer un atelier, une formation ou un temps collectif, c’est loin d’être anecdotique.
Un icebreaker qui remet tout le monde à égalité
Avec Portraits croisés, personne n’est censé “réussir”. Personne n’est censé impressionner les autres et personne n’a besoin d’avoir un bon coup de crayon. Au contraire ! Le dispositif fonctionne justement parce qu’il fait tomber très vite l’idée qu’il faudrait bien faire. Tout le monde se retrouve dans la même situation : un peu déstabilisé, pas très à l’aise au départ, puis rapidement emporté par le côté ludique du moment.
Dans un groupe qui démarre, on cherche souvent à créer un premier climat de confiance. On veut éviter quelque chose de forcé ou une ambiance artificiellement “fun”. On veut juste un cadre où les personnes peuvent souffler un peu, se voir autrement, et entrer en relation de manière plus naturelle. Portraits croisés aide bien à ça, parce qu’il mobilise à la fois la légèreté, l’attention à l’autre, et une petite dose de lâcher-prise. Les objectifs annoncés dans votre fiche vont dans ce sens : développer la confiance mutuelle, encourager l’observation attentive, soutenir une communication non verbale et briser la glace de façon originale et détendue.
Le principe
Les participant·es se mettent en binômes, prennent une feuille et un stylo, puis dessinent leur partenaire en le regardant, sans regarder leur feuille. Ensuite, chacun signe son portrait et l’offre à son binôme. Dans l’extrait ci-dessous issue de notre journée de découvertes des icebreakers : on demande au groupe de se lever, de former des binômes, on donne la consigne, puis on lance un top départ avec une minute de dessin. Il existe aussi une variante où les personnes se dessinent l’une après l’autre, de profil.
Ce qui est intéressant ici, c’est que la simplicité du cadre laisse toute la place à ce qui se passe entre les personnes. Pas besoin d’un dispositif sophistiqué ou d’un débriefing de vingt minutes pour justifier l’activité après coup.
Pourquoi ça marche ?
Beaucoup d’icebreakers échouent parce qu’ils demandent trop d’effort social d’un coup. Il faut parler fort, raconter quelque chose de personnel, se mettre en scène, répondre vite, trouver une idée originale, ne pas être ridicule. Bref, pour certaines personnes, ce n’est pas du tout une mise en route, au contraire ’est déjà une épreuve ! Portraits croisés contourne plutôt bien ce problème. D’abord, parce que l’entrée se fait par une action concrète. On dessine, on observe, on fait. Cela évite de mettre immédiatement les personnes dans une exposition verbale ou personnelle. Ensuite, parce que le droit à l’imperfection est intégré au jeu. Il n’y a pas d’attente de performance. Le résultat sera de toute façon bancal, et c’est précisément ce qui autorise le relâchement.
Enfin, parce que cela crée rapidement un souvenir commun. En quelques minutes, le groupe a déjà vécu quelque chose ensemble. Pas quelque chose d’extraordinaire. Mais quelque chose d’assez léger, décalé et humain pour faire bouger l’ambiance.
Quelques points de vigilance quand même
Comme souvent en animation, ce n’est pas parce qu’un exercice est simple qu’il fonctionne tout seul. Certaines personnes ont commencé à dessiner avant le top départ, tout simplement parce que la consigne n’était pas assez explicite. D’autres ont ajouté spontanément la contrainte de ne pas lever le stylo. Ce sont de petits détails, mais ils disent quelque chose d’important : la qualité d’un icebreaker tient souvent à la qualité du cadrage.
Il faut donc :
- donner une consigne claire,
- rassurer sur le fait qu’il ne s’agit pas de bien dessiner,
annoncer le temps, - et choisir le bon niveau de variante selon le groupe.
Autre vigilance, plus importante encore : cet icebreaker n’est pas universel. Dans certains groupes où l’histoire commune est tendue, demander à des personnes de se regarder dans les yeux peut être délicat, voire franchement inconfortable. À l’inverse, dans un groupe en formation, joyeux et disponible, cela peut être une activité idéale. Un icebreaker n’est pas “bon”en soi. Il est plus ou moins adapté à un groupe, à un moment, à une ambiance, à une intention.
Et côté inclusion, il y a aussi des choses à penser
Des adaptations sont possibles pour tenir compte de certains handicaps ou neuroatypies : agrandir le format du papier, utiliser un support fixe, proposer une version assise, ou encore permettre un dessin de profil pour éviter l’inconfort lié au regard direct, notamment pour certaines personnes avec TSA. C’est précieux, parce qu’on voit encore trop souvent des icebreakers présentés comme des recettes universelles.
Icebreakers :
formation gratuite
Vous animez des réunions, des formations ou des ateliers ? Vous cherchez des outils simples pour créer de la cohésion, mettre de l’énergie dans vos temps de groupe ou simplement démarrer vos sessions autrement ? Ce parcours gratuit vous donne accès à 2 cours complémentaires pour intégrer les icebreakers dans vos pratiques professionnelles.