10 conseils pour adapter vos icebreakers aux profils neuroatypiques

La pratique de l’icebreaker (brise-glace, en français) tend à se généraliser tant en formation que lors de l’animation de réunions ou de séminaires d’entreprise. Issues de la culture de la facilitation et de l’intelligence collective, ces activités sont organisées en ouverture d’événement pour “briser la glace” entre les personnes qui y assistent. Faire connaissance, détendre l’atmosphère, introduire un sujet ou installer une ambiance moins hiérarchique qu’à l’accoutumée peuvent être certains de ses objectifs.

L’un des intérêts de l’icebreaker, pour la personne qui l’anime, est également de repérer le fonctionnement du groupe et des individus qui le composent, pour pouvoir adapter la suite, dans une logique d’inclusion.

La plupart des icebreakers ont des règles simples, et si on sait que les timides auront parfois à sortir de leur zone de confort ou les extravertis à laisser une place au reste du groupe, on envisage rarement cette activité comme pouvant être un facteur d’exclusion.

Mais pour les 15 à 20% d’adultes neuroatypiques, il peut en être bien autrement !

Qui sont ces neuroatypiques ?

10 conseils pour adapter vos icebreakers aux profils neuroatypiques

Les neuroatypies regroupent certains troubles neurodéveloppementaux et des fonctionnements neuronaux atypiques qui ont pour point commun de générer des comportements et des façons d’être au monde différents, avec des particularités notamment dans la façon de fonctionner au niveau cognitif et des symptômes communs et fréquents comme les hypersensibilités, par exemple. On entend la neuroatypie en miroir à la neurotypie, c’est-à-dire la norme.

Il est difficile de savoir exactement combien de personnes sont concernées par ces neuroatypies parce qu’elles ne sont pas toujours bien dépistées, qu’elles sont souvent touchées par plusieurs d’entre elles, et que certaines études sont contradictoires. Mais on estime qu’on parle de 15 à 20% de la population adulte touchée (plus chez les enfants). 

On entend ces dernières années parler de “mode des neuroatypies” : les tests (précoces comme tardifs) sont plus nombreux grâce à une meilleure connaissance du sujet au niveau de la science et par les professionnel·les, et l’inclusion fait des progrès ! Ce qui mécaniquement entraîne une impression de voir surgir des neuroatypiques partout, alors qu’ils/elles ont toujours été là.

15 à 20%, ça veut dire que dans votre groupe de 20 personnes, vous avez statistiquement 3 ou 4 personnes au moins qui sont concernées.

Mais concrètement, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un ensemble comprenant :

  • Les troubles du Spectre Autistique (TSA), dont fait partie l’autisme sans déficience intellectuelle et sans retard de langage – appelé aussi syndrôme d’Asperger ;
  • Les troubles de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) ;
  • Les troubles DYS (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie, dysphasie …) ;
  • Le Haut Potentiel Intellectuel (HPI) ;
  • Et parfois l’hypersensibilité ou Haut Quotient Émotionnel (HQE) – ce dernier point étant sujet à controverse puisque l’existence du HQE ne fait pas encore consensus du point de vue de la science (l’hypersensibilité, par contre, est une caractéristique incontestée d’un certain nombre de profils dont le HPI. C’est l’existence d’une neuroatypie “HQE” qui est discutée).

Dans votre réalité quotidienne, lorsque vous animerez vos icebreakers, vous serez face à des personnes concernées par ces neuroatypies. Parfois, elles auront eu un test, parfois elles ignoreront correspondre à ces profils. Parfois, elles oseront demander des adaptations, mais souvent elles ne souhaiteront pas le faire. Pour ne pas déranger, pour ne pas avoir l’air bizarre, pour ne être stigmatisées ou encore tout simplement parce qu’elles ignorent ce dont elles pourraient avoir besoin. Mais rassurez-vous ! Non seulement vous pouvez agir concrètement pour plus d’inclusion, mais en plus tout ce que vous mettrez en place sera en règle générale bénéfique aux neurotypiques également.

Non, vous n’allez pas devenir expert·e des neuroatypies juste en lisant cet article, et ce n’est pas un problème. Si vous suivez ces quelques conseils et que vous amorcez une dynamique d’inclusion avec vos prochains icebreakers, vous serez déjà sur la bonne voie !

1. Pensez à l'inclusion dès la conception

Picto tolérance
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La neuroatypie est invisible et touche toutes les catégories de population de manière indiscriminée : le genre, l’âge, la catégorie socio-professionnelle ou le niveau d’éducation n’ont rien à voir avec leur développement de fonctionnements neuronaux atypiques.

Des adaptations doivent être pensées par défaut pour tous vos icebreakers, quel que soit le public visé.

2. Adaptez l'icebreaker avec subtilité pour tout le groupe

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Les neuroatypiques ressentent souvent un sentiment de décalage dans la société. Permettez-leur de demander des adaptations sans être mis·es dans la lumière.

Vos adaptations peuvent se faire discrètement. Recueillez les besoins spécifiques avant l’organisation de votre icebreaker (par exemple par un formulaire anonyme). Vous annoncerez les règles et principes de l’icebreaker sans jamais cibler une personne en particulier. Un icebreaker s’applique sans distinction à tout le groupe !

3. Assurez un confort sensoriel

5 sens
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La sensibilité aux stimulis sensoriels est un grand point commun de toutes les neuroatypies : bruit soudain ou parasite, lumières fortes ou grésillantes, températures trop basses ou trop élevées, matières inconfortables, odeurs fortes ou particulières … autant de paramètres qui peuvent déstabiliser et déconcentrer vos participant·es.

Le niveau de confort sensoriel est essentiel. Les facteurs qui peuvent mettre mal à l’aise sont :

  • les lumières agressives
  • les musiques d’ambiance
  • les vidéos en arrière-plan
  • les travaux en groupe avec plusieurs groupes dans la même pièce, etc.

4. Proposez une activité à la fois

étape par étape
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La double tâche est l’ennemie de la plupart des neuroatypiques (en particulier pour les troubles dys et certains TSA). Mais de quoi s’agit-il ? C’est le fait de devoir effectuer deux tâches conscientes en même temps. Le développement neurotypique du cerveau rend automatique des tâches comme la lecture, l’écriture ou la parole. Mais pour les neuroatypiques, ces tâches peuvent être des tâches conscientes, qui demandent des efforts. Lire et comprendre, écrire et conceptualiser, dire et écouter en même temps deviennent difficiles et augmentent la fatigue due à une extrême concentration.

  • Ne sollicitez qu’une tâche après l’autre. Laissez du temps pour comprendre et effectuer les tâches.
  • Vérifiez la bonne compréhension et n’hésitez pas à changer de canal si ça n’a pas fonctionné du premier coup. Par exemple, oraliser une consigne écrite.
  • Les consignes de vos icebreakers devraient être simples, structurées et présentées étape par étape. N’hésitez pas à demander aux partipant·es de les reformuler pour vérifier leur compréhension de celles-ci.

5. Utilisez la puissance du visuel

Facilitation_Graphique
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Le visuel est votre meilleur ami !! Pour la plupart des neuroatypies et pour des raisons parfois très différentes, la pensée visuelle facilite beaucoup la compréhension.

  • Utilisez des pictogrammes (coucou picto-dico.fr), créez des cartes mentales, facilitez la lecture avec des visuels clairs et structurés.
  • Attention aux contrastes de vos images pour garantir un niveau de lecture facile. RDV sur Colour Contrast Analyze pour plus d’informations.

6. Proposez des alternatives

choisir
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Est-il possible d’organiser un icebreaker qui permette à chacun·e de trouver sa place, selon ses besoins spécifiques ? Dans les neuroatypies, la gestion du temps, le besoin de structure et d’anticipation sont souvent primordiaux, tout comme la possibilité de se mettre en mouvement si besoin.

  • Prévoyez des options :
    • de mouvement comme l’autorisation de se lever,
    • de participation selon plusieurs modalités comme à l’écrit ou à l’oral au choix, etc.
  • Permettez l’anticipation et une meilleure gestion du temps en donnant des infos sur le déroulement de l’icebreaker (et de la suite de l’événement) ou en laissant une horloge visible. Intégrez l’icebreaker dans votre programme de formation.

7. Évaluez l'énergie de chaque membre du groupe

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Passer sa journée à se concentrer pour comprendre les codes sociaux, répondre aux consignes, rester focus ou réaliser des tâches complexes, c’est extrêmement fatiguant. La fatigabilité chez les personnes neuroatypiques est plus importante que dans la population générale. Elle peut être due aux troubles du sommeil associés ou à la concentration excessive, par exemple.

Votre icebreaker sera-t-il un énergiseur (ressourçant avec des qualités proprioceptives par exemples) ou au contraire un moment de (re)centrage (qui exigera de l’énergie) ? En fonction de ce que vous avez prévu le reste de la journée, offrez la possibilités de se mettre en retrait du collectif.

8. Recueillez les besoins spécifiques

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Les personnes concernées sont les meilleures expertes de leurs besoins, et vous n’aurez pas de meilleure aide à l’organisation qu’en vous appuyant sur elles.

  • Si vous êtes en formation et que vous avez accès aux questionnaires de réalisés en amont de celle-ci, utilisez-les pour choisir et adapter vos icebreakers.
  • Ces questionnaires devraient contenir des questions telles que “avez-vous des besoins spécifiques liés à une neuroatypie, un handicap ou tout autre réalité quotidienne ?” pour permettre à chacun·e de faire ses demandes en toute confiance et sans être obligé d’expliquer les raisons de celle-ci.
  • Si vous n’avez pas accès à ce type de questionnaire, évaluez si l’icebreaker en lui-même peut être l’occasion d’en apprendre davantage sur vos participant·es, ce qui vous permettra d’adapter la suite de l’événement..

9. Informez-vous sur les neuroatypies

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L’accès à la connaissance est facilité aujourd’hui grâce aux nombreux supports vulgarisés qui sont disponibles en ligne ou en librairie.

Que vous préfériez les vidéos, les livres, les bds, les articles … de nombreux contenus accessibles existent et sont disponibles gratuitement. Des professionnel·les peuvent également vous accompagner pour adapter vos animations et y compris vos icebreakers. Notamment les référent·es handicap de votre entreprise, si vous êtes salarié·es, par exemple.

Exemples de ressources utiles

10. Reconnaissez la diversité des profils

groupe
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Toutes les neuroatypies sont différentes, et chaque personne neuroatypique a des particularités. Comme tout le monde, elles peuvent aussi cumuler cette situation avec d’autres troubles ou d’autres types de handicaps, ou pas. Et ce sont des personnes avant d’être des neuroatypiques. Il est donc peu probable d’arriver à réaliser un icebreaker 100% inclusif.

Rassurez-vous, il est normal de ne pas avoir toujours la formule parfaite quand on organise un icebreaker. Que votre public présente des neuroatypies ou non, vos propositions tomberont parfois à plat : l’important, c’est de s’avoir s’adapter : avoir un plan B, C ou D … que vous avez imaginé en amont. Au pire, si vous vous rendez compte que quelque chose cloche pour une ou plusieurs personnes, reconnaissez leur simplement le droit de réagir comme elles le font. Ca n’enlève rien à la qualité de votre icebreaker.

L’une des critiques que l’on entend souvent au sujet des neuroatypies est le fait que les personnes neuroatypiques seraient en fait “comme tout le monde” et en “feraient trop” à propos de différences qui n’en sont pas. Effectivement, la plupart des traits de personnalité ou des fonctionnements des personnes neuroatypiques sont semblables à ceux de la population générale. Ce sont juste les curseurs qui sont poussés plus loin, plus fort, plus souvent.

Favoriser l'inclusion enrichit l'expérience de l'ensemble du groupe

Nous préparons un module gratuit sur les icebreakers. Lancement prévu en avril 2024. Pour être tenu(e) au courant de sa mise en ligne, inscrivez-vous à notre ⬇️ newsletter ! ⬇️

L'autrice de l'article

C’est avec plaisir que nous avons accueilli Kapik, en stage chez SuperTilt dans le cadre de son projet de reconversion !

Kapik Namias-Muntlak

Animatrice socioculturelle de formation, j'ai tout au long de ma carrière facilité des temps d'intelligence collective pour des milieux aussi différent que l'associatif, le milieu culturel ou l'entreprise. Aujourd'hui en reconversion pour devenir formatrice sur des sujets d'inclusivité, je m'appuie sur les pratiques de l'intelligence collective et de la ludopédagogie pour construire vos expériences.

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