Comment améliorer ses scribes ?

Je reçois souvent ce type de question : lors d’un scribing, comment améliorer mon écoute pour analyser au mieux les informations que je reçois ? Comment gérer l’espace sur ma page ? Comment ne pas répéter toujours la même architecture de page ?

Derrière ces questions qui appellent apparemment une réponse purement technique, je vous partage dans cet article quelques pistes à explorer pour améliorer vos scribes.

Rappel, qu’est-ce que le scribing ?

Romain Couturier
En pleine séance de scribing 🙂

Le scribing est une pratique de facilitation graphique qui consiste à transcrire visuellement un propos. Le scriber (la personne qui scribe), utilise des mots et des visuels pour proposer une synthèse visuelle de ce qui est dit. Le support réalisé peut s’appeler fresque, planche ou scribe. Cette pratique requiert une écoute particulièrement intense, une capacité de synthèse instantanée. Le scribe sert de compte-rendu aux personnes présentes et/ou est un support d’échanges s’il est réalisé pendant une réunion ou un atelier.

Êtes-vous en position de scribing ?

Séance scribing SGARG
Séance de scribing pour le SGAR à Lyon

Le scriber est donc une personne qui transcrit visuellement une information émergente face à un groupe. Si les personnes ne voient pas ce que vous faites, ça part plutôt mal 🙂 Et ça change tout de se mettre en position de scribing : 

  • En présentiel, cela veut dire que vous réalisez le scribe face au public (sur un tableau, tableau blanc ou un paperboard)
  • En distanciel, cela veut dire que vous avez un système de caméra(s) permettant de partager votre réalisation papier ou alors que vous travaillez sur tablette et diffusez votre travail


Quelle est la structure narrative du moment auquel vous assistez ?

Souvent, les scribers portent leur attention sur leur performance technique, mais de quoi un scriber est-il responsable ? De faire la synthèse d’une information que vient d’autres personnes présentes et qui parlent. Le scriber est donc en partie responsable de l’information, en partie seulement !

La question est donc plutôt : comment les personnes qui s’expriment partagent-elles de manière explicite la structure de leur pensée ? Pour faire simple, énoncent-elles clairement les idées qu’elles vont développer ? Bien souvent la réponse est « non » pour de multiples raisons. Pas étonnant alors que vous souffriez, c’est normal !

J’ai le souvenir de scribing de conférences confuses, de tables rondes où les personnes ne se parlent pas mais émettent en permanence des points de vue individuels. Si la structure narrative ne propose pas de lien, vous aurez d’autant plus de difficultés à en trouver et donc qu’il n’y en ait pas sur votre page.

Dans ces situations, le scriber masquera la pauvreté conversationnelle par une belle prestation technique.

À l’inverse, lorsque la structure narrative est claire, annoncée, métaphorique, guidée d’une manière ou d’une autre, le scriber n’aura qu’à s’appuyer sur ce qui est dit. C’est notamment le cas d’orateurs clairs et concis ou des personnes utilisant le storytelling à bon escient.

Quelle est votre intention en scribant ?

Ces dernières années ont vu un essor massif de scribing, surtout en séminaires. Au risque de révéler un secret de polichinelle, il faut avouer que beaucoup de prestation de scribing sont commandées par les clients pour ajouter du beau et/ou du fun au moment. Je ne critique pas, je l’ai fait et je vais continuer à répondre à ce type de demandes.

Nous sommes encore dans une période nécessitant de faire de la pédagogie, d’expliquer comment un scribe vient soutenir le processus qui se déroule. Il y a les scribes qui finiront accrochés au mur pour faire beau et il y a les autres qui serviront comme base de travail pour un prochain atelier, une formation, un groupe de travail, etc.

Cette situation m’interroge sur l’apport que nous avons et la finalité de cette fresque que nous produisons :

  • Garder une trace ?
  • Faire revivre l’expérience conversationnelle vécue ?

Ces 2 questions ne s’adressent pas aux mêmes personnes.

S’il s’agit de garder une trace, il est fort probable qu’il y ait la tentation de diffuser un scribe aux personnes présentes … et absentes. Je le déconseille fortement ! Un scribe est un reflet visuel d’une information émergente. Il est peu probable que votre scribe soit compréhensible par les personnes qui n’étaient pas présentes. Ce que vous cherchez alors à faire s’appelle une modélisation, et pour faire simple, cela consiste à repartir de votre scribe et à repenser la structure de l’information pour qu’elle soit compréhensible par un public qui n’a pas assisté aux échanges. Ce qui peut amener à avoir une modélisation bien différente du scribing.

Le graal c’est évidemment d’avoir la qualité d’une modélisation (une information bien structurée et graphiquement bien aboutie) dans un processus instantané (l’information n’est pas connue à l’avance et est émergente). Soyons clair : ce n’est pour l’instant pas possible en l’état actuel des connaissances, des compétences et des pratiques connues.

Votre scribe adressera donc la 2ème question et sera destiné uniquement aux personnes présentes. Pourquoi ? Car elles ont eu accès au storytelling de la journée ou de l’atelier pardi ! Ce scribing représente des ancrages visuels pour elles, un moyen de se remémorer ce qui s’est dit ou décidé.

Quel impact avez-vous avec le scribing ?

Intervention pour CEGID
Intervention pour Cegid en 2017 avec Edgar Grospiron

Au-delà de la performance réalisée, les seules questions qui m’intéressent après avoir scribé sont : Quel est votre retour ? À quoi vous sert ce que vous voyez ?

J’adresse ces questions (quand je peux évidemment) aux personnes présentes. Et depuis quelques années, j’ai appris à accueillir leurs retours ou tout simplement leurs regards posés sur la fresque.

Ils m’aident à développer ma confiance car je me dis à ce moment-là qu’il se passe quelque chose dans leur tête, il se remémorent les échanges, réfléchissent… Toutes les erreurs techniques que je vois ne sont rien, ou ont un moindre impact, si le scribe a eu un effet. Ce n’est pas uniquement sur la technique que nous devons être évalués mais aussi sur l’impact (ce qui n’empêche pas bien sûr de développer et de soigner son coup de crayon !).


Quelques conseils techniques tout de même

Je sais la frustration que certain(e)s pourraient ressentir en lisant ces lignes car je n’ai finalement pas abordé la question de la technique.

Voici quelques conseils simples même si ce ne sont pas des recettes miracles :

  • Donnez toujours un titre bien visible à votre réalisation et qui se distingue du reste de votre planche. Le titre est un pilier de l’architecture de votre page, il raconte l’histoire de la fresque et vous aidera à ne prendre que les informations en lien avec lui. Il vous aide à filtrer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas
  • Entraînez-vous à avoir une écriture lisible, soignée, régulière. Nous ne sommes pas tous égaux sur ce point, certains auront besoin de plus d’entraînement que d’autres
  • Variez vos architectures de planche. Le piège fréquemment rencontré est l’emploi massif des architectures radiales (à bien distinguer du mind mapping, c’est bien différent !). Il existe une infinité de structures de page (Voir l’article Comment disposer l’information sur sa page ?). Si vous utilisez toujours la même, évitez-la pendant quelques temps pour vous forcer à expérimenter. Une autre bonne raison d’abandonner les architectures radiales est qu’elles ne racontent pas d’histoire. À utiliser selon moi avec parcimonie
  • Aérez ! De bons scribes, ce sont des scribes qui se lisent bien. Si tout est tassé, difficile de s’y retrouver
Architecture radiale

En résumé

Voici les étapes que je vous conseille pour améliorer votre pratique du scribing :

  1. Trouvez des opportunités de scriber. La plus simple est lors de votre prochaine réunion. Il y a plus de valeur à scriber en réunion qu’en séminaire je trouve
  2. Scribez devant un public et donc sortez de votre zone de confort. Sinon ça s’appelle du sketchnote en écoute active mais ça ne sert que vous. Une participante à la formation avait proposé le terme « scribenote » pour décrire cet usage. J’adore le terme !
  3. Explorez les structures narratives, êtes-vous en train de scriber une conférence, une interview, un débat, une conversation, un dialogue ? 
  4. Soignez votre technique (écriture, traits droits, choix des couleurs simples, personnages, pictogrammes, etc.)
  5. Reprenez à l’étape 1 😉
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