Il y a quelques mois, Amandine m’a contacté pour un projet un peu particulier. Elle travaille chez Avril, une entreprise de cosmétique bio, où elle est responsable des opérations. Son quotidien, c’est plutôt le service client, la logistique, la maintenance, les travaux. Pas vraiment le genre de poste où l’on se dit spontanément : “tiens, je vais dessiner en direct devant toute l’entreprise“. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé.
Une collègue lui a parlé d’un séminaire interne à venir. L’idée était de raconter l’histoire de l’entreprise, de faire le point sur le chemin parcouru, et d’ouvrir sur ce que l’équipe avait envie d’imaginer pour la suite. Et cette collègue lui a glissé que la facilitation graphique pourrait apporter quelque chose à ce moment-là. Sur le papier, l’idée était très chouette.
Dans la vraie vie, ça voulait dire : une centaine de personnes, un séminaire important, des prises de parole à synthétiser en direct, et des dessins projetés à l’écran. Donc forcément, il y avait un petit écart entre “ce serait canon” et “comment je fais concrètement ?“. Je vous laisse découvrir le témoignage d’Amandine.
Qu’est ce que le scribing ?
On aborde dans cet article l’une des manières de pratiquer la pensée visuelle : le scribing ou synthèse visuelle en direct. On dessine (sur papier ou tablette) la synthèse d’une prise de parole pendant qu’elle se déroule, souvent en projetant le visuel à l’écran pour toute la salle.
Faut-il savoir dessiner pour se lancer ?
Bonne nouvelle : non. La facilitation graphique ne repose pas sur un don pour le dessin, mais sur des techniques, des principes et des gestes que l’on peut apprendre. On ne cherche pas à faire une belle illustration, on cherche à rendre une idée plus claire.
Amandine a d’abord suivi la formation en ligne, à son rythme. Cette première partie lui a permis de poser les bases : les formes simples, les personnages, les pictos, les cadres, la manière d’organiser une page, les petites astuces qui permettent de rendre une idée lisible sans passer trois heures dessus. C’est la phase où on apprivoise les outils. On teste, on refait, et on se rend compte de trois choses :
- Un personnage peut être très simple et quand même fonctionner
- Une flèche peut vraiment aider à la compréhension et lecture de la page
- Un titre bien placé change déjà beaucoup de choses
C’est assez rassurant parce qu’on voit vite que tout cela s’apprend.
Comment passe-t-on des exercices à une vraie intervention ?
Après la première phase en autonomie, on a commencé l’accompagnement. Là on n’était plus seulement dans les exercices de formation. On travaillait sur ses propres productions, en lien avec le séminaire qui approchait.
Ce qu’il faut garder en tête c’est qu’un dessin peut être agréable à regarder, mais ne pas encore raconter grand-chose. À l’inverse, un dessin très simple peut très bien faire le travail s’il est bien organisé.
On a donc regardé ses essais ensemble : ce qui était déjà clair, ce qui méritait d’être simplifié, ce qui pouvait mieux guider le regard etc.
À chaque rendez-vous, il y avait des petits ajustements. Le but était d’atteindre des paliers pour que :
- La page respire mieux
- Les idées principales ressortent davantage
- Les pictos deviennent plus utiles
- Le dessin commence à raconter quelque chose.
Plus on approchait du séminaire, plus on sortait du “dessin” pour entrer dans le dispositif.
- À quel moment Amandine allait intervenir ?
- Qu’est-ce qui devait être dessiné en direct ?
- Qu’est-ce qui pouvait être préparé avant ?
- Combien de temps elle aurait vraiment ?
- Quel format serait le plus confortable ?
- Est-ce que les participants verraient bien les visuels ?
- Qu’est-ce qui était réaliste, et qu’est-ce qui risquait de la mettre en difficulté ?
Ce type d’intervention demande une forte préparation en amont. Il faut penser le rythme de la journée, la salle, le matériel, les imprévus, la fatigue. Dans le cas d’Amandine, il y avait deux interventions du directeur général à synthétiser en direct, puis une restitution des ateliers de l’après-midi. Douze groupes, douze idées fortes à faire ressortir !
Comment se passe un scribing en direct, le jour J ?
Le séminaire a eu lieu sur un bateau, avec environ 100 personnes. Amandine a dessiné en direct pendant deux prises de parole du directeur général, chacune d’environ 20 minutes. Les dessins étaient projetés à l’écran au fur et à mesure.
Elle connaissait bien l’entreprise, son histoire, les sujets abordés. C’était un vrai avantage. Mais même quand on connaît le sujet, dessiner en direct reste un exercice exigeant. Il faut écouter. Choisir ce qu’on garde. Ne pas s’accrocher à un détail. Dessiner tout en continuant à suivre ce qui se dit. Et garder une page suffisamment lisible pour que les autres puissent s’en servir.
Pendant le le séminaire, Amandine a eu beaucoup de retours positifs. Bien sûr, il y a eu des compliments sur les dessins. Et quand on sait le travail qu’il y a derrière, ça fait plaisir. Mais le plus intéressant, c’était plutôt les personnes qui venaient lui dire : “Là, je n’avais pas vraiment compris à l’oral, mais avec ton dessin, c’est devenu clair.”
Une idée peut passer trop vite quand elle est dite. Elle peut rester un peu abstraite, ou parler seulement à une partie de la salle. Quand elle est dessinée, elle prend une forme. On peut la regarder, la prendre en photo, y revenir. Elle reste un peu plus longtemps dans les têtes
Ce que je retiens de cet accompagnement
En 3 mois, Amandine a appris les bases, elle s’est entraînée, a repris ses dessins et préparé son intervention. Elle est passée de “je ne sais pas trop par où commencer” à “je prends les feutres devant 100 personnes”. Ce n’est pas rien. Et franchement, bravo à elle, parce qu’il y a derrière ce résultat beaucoup de travail, d’entraînement et de courage. C’est une bonne manière de rappeler que la facilitation graphique est accessible, mais qu’elle ne s’improvise pas.
On peut apprendre à rendre les idées plus visibles et progresser vite. On peut même y prendre goût. À condition d’accepter de faire simple, de pratiquer, et de ne pas attendre que le dessin soit parfait pour commencer à s’en servir.
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