Comment former les équipes à l’Agilité ?

Lorsqu’on souhaite démarrer son projet de déploiement de l’Agilité ou embarquer de nouveaux collaborateurs dans une Agilité existante, passer par une étape de formation sera sans doute un jalon indispensable pour votre entreprise.

Cette formation pourra être assurée par un.e intervenant.e externe, de préférence coach agile, ou de plus en plus aussi par une personne en interne (Scrum Master ou coach agile interne), parfois aussi par du e-learning en remplacement ou en complément. 

L’Agilité étant une histoire d’équipe, se poser la question “qui doit participer à la formation ?” n’est pas forcément une question aussi simple qu’il n’y paraît. Dans ce premier article d’une série dédiée à l’équipe agile, j’explore la question pour vous assurer que les bonnes personnes se présenteront à votre formation …

Si l'Agilité n'existe pas dans votre organisation

La future équipe Scrum doit participer à la formation (Note pour les experts agiles : lisez la suite avant de vous offusquer de cette provocation :-)).

Pour les équipes souhaitant démarrer leur projet en mode Agile, il est probable (mais pas certain) que la méthode retenue s’appelle Scrum. Ce choix par défaut ne signifie pas que Scrum soit nécessairement l’approche la plus adaptée à votre contexte et/ou à votre besoin :

  • c’est tout simplement que Scrum est le framework agile le plus connu de tous, le plus facile à comprendre et sur lequel vous trouverez une quantité de ressources considérables (livres, blogs, vidéos, etc.)
  • il y a également une quantité formidable de certifications qui ont vu le jour autour de Scrum. Ma position sur les certifications est assez simple : c’est comme le code de la route. C’est très bien pour se plonger dans la théorie mais ça ne fait pas de vous un bon conducteur pour autant. C’est pour cela que l’examen du permis de conduire est divisé en 2. En Agilité, ça devrait être la même chose
  • une autre explication est que lorsqu’on aborde ce qu’est l’Agilité (par exemple à travers le Manifeste Agile), parler d’une philosophie ne donne pas assez de matière concrète sur la mise en œuvre. Les participant.e.s voudront des outils, des méthodes, des clés ! Scrum répond à cette exigence

Parenthèse sur Scrum

La massification du déploiement de Scrum dans les organisations s’accompagne de plus en plus d’expériences qui montrent que ce n’est clairement pas la bonne approche ou la bonne démarche car elle implique des changements significatifs et impactants pour les organisations dont les modèles hiérarchiques et collaboratifs ne sont pas nécessairement prêts à accepter de telles transitions. Je recommande d’ailleurs très souvent une approche s’appuyant plutôt sur Kanban, plus douce.

Il existe une quantité impressionnante d’organisations qui sont multi-projets, multi-équipes, multi-clients et qui ont énormément de mal à se retrouver dans ce que propose l’Agilité. D’autres organisations ou métiers n’ont aussi tout simplement pas de culture projet (je ne parle même pas de culture produit). J’arrêterai là ma digression car ce propos pourrait faire l’objet d’un autre article à part entière 🙂

Invitez plus que les futurs Product Owner, Scrum Master et équipiers

Revenons donc à nos moutons, même s’il est essentiel de bien distinguer Agilité et Scrum (on ne le dira jamais assez, Scrum est agile, mais l’Agilité ne se résume pas à Scrum),  il faut admettre qu’un certain nombre de rôles se sont désormais implantés dans le vocabulaire des organisation dites agiles (ou pas d’ailleurs) :  Product Owner, Scrum Master, équipiers agiles. Seul.e le ou la manager n’a pas changé mais on lui demande aussi d’être agile (le fameux manager agile).

Il paraît donc assez naturel que votre formation accueille à minima ces personnes-là. La difficulté réside dans un paradoxe qui pourrait se résumer à : “l’œuf ou la poule” ? À ce stade, comme l’équipe n’as pas encore démarré concrètement son Agilité, elle ne sait donc pas toujours qui occupera quel rôle ! Comment savoir alors si vous invitez les bonnes personnes ? C’est sans doute une discussion à avoir entre personnes organisatrices de la formation et futurs participant.e.s.

Et pourquoi ne pas en parler aussi au manager de l’équipe ? Trop souvent les personnes conviées à une formation se limitent à ceux qui vont “faire” l’Agilité de demain. Pourtant l’Agilité est un écosystème beaucoup plus large que celles et ceux qui feront. On peut donc tout à fait s’interroger sur la pertinence d’inviter des acteurs qui seront plus des contributeurs de l’Agilité de l’équipe. Sont donc concernés : 

  • les managers
  • d’autres managers d’autres équipes
  • des utilisateurs finaux
  • des clients
  • le/la big boss, 
  • etc. 

Ces parties prenantes pourront jouer un rôle d’ambassadeur, de soutien, de sponsor de l’Agilité. La bonne compréhension de la démarche globale, de pourquoi elles seront sollicitées, pour quels objectifs et avec quelle intention, leur sera bien utile à l’avenir. 

 

Partager un vocabulaire commun, une première étape essentielle

Il est probable que l’intégralité de la formation ne les concerne pas, néanmoins le partage d’un vocabulaire commun, d’une approche et d’une philosophie communes est un point de passage essentiel pour s’assurer que tout le monde soit aligné sur les mêmes enjeux de fonctionnement et de collaboration de demain. 

Il est assez rare d’observer que des personnes extérieures à une équipe agile décident subitement de fonctionner en mode agile parce que l’équipe pense que l’Agilité est une bonne chose pour elles. Si ces personnes n’ont pas été sensibilisées à ce qu’est l’Agilité et aux impacts qu’elle peut avoir dans leur quotidien, il est peu probable qu’elles deviennent des ambassadrices et des supportrices de l’Agilité de l’équipe. En résumé, votre projet d’Agilité peut échouer ou mal démarrer si vous ne mobilisez pas les bonnes personnes au début. Grosse pression donc !

Si vous suivez ce raisonnement jusqu’au bout, vous pourrez arriver à la conclusion qu’il faut donc mobiliser l’intégralité de l’organisation dans cette formation ! Si vous êtes une TPE ou une petite PME,  ce sera sans doute quelque chose d’envisageable logistiquement et financièrement. Dès que vous passerez un certain nombre de personnes, ce type de raisonnement deviendra juste une aberration (ou alors il faudra envisager des mécanismes de formation de masse que je ne décris pas ici).

À vous donc de trouver le bon curseur et peut-être d’envisager d’avoir des séances différentes en fonction du niveau d’implication des personnes dans l’équipe agile de demain. Par exemple : faire une formation complète pour des personnes qui seront mobilisées quotidiennement ou quasiment quotidiennement dans le projet ou dans le produit. Et pour des personnes qui sont externes à l’équipe qui contribueront marginalement, peut-être simplement envisager des sessions de sensibilisation plus courtes et plus digestes 🙂

Si l'Agilité est déjà en place dans votre organisation

Intégrer les nouveaux arrivants

La question est autrement plus ardue ! La situation la plus courante est celle d’une équipe qui pratique une forme d’Agilité depuis plusieurs semaines, mois ou années et qui intègre des collaborateurs arrivant d’autres équipes ou d’une autre organisation.

Le projet de formation est souvent centré sur les nouveaux arrivants pour leur donner les bases de l’Agilité et/ou leur rappeler les fondamentaux. Dès lors, la difficulté va être de proposer un contenu de formation qui soit à la fois respectueux des valeurs, des principes et de la philosophie agile, et qui prenne en compte la culture agile actuelle de l’organisation.

Vous l’aurez sans doute anticipé, bien souvent il y a une différence entre la théorie et la pratique 😉 C’est-à-dire que la formation ne propose plus une démarche de transition au changement mais peut être perçue comme un argumentaire qui vient percuter et contredire ce qui a été décidé et choisi comme règles et pratiques agiles de fonctionnement de l’organisation.

La culture en place est-elle agile ?

Les participant.e.s se retrouve entre deux feux :  d’un côté le formateur qui leur propose une approche cible théorique (quelle que soit la méthode, SCRUM ou autre) et de l’autre côté des principes et des règles de fonctionnement de l’organisation qui paraissent difficiles à faire bouger et qui pourtant se revendiquent d’une forme d’Agilité mais dont on découvre qu’ils ne sont plus si agiles que ça. Par exemple, quand vous expliquez à une équipe comment bien faire une rétrospective, c’est souvent la douche froide alors qu’elle en a fait des dizaines par le passé …

Le formateur devra donc être assez subtil dans son approche pour rappeler ce qu’est un bon cadre agile et ce qui n’en est pas un. L’enjeu d’une telle formation consistera en partie à valider si l’Agilité est toujours une cible et un choix organisationnel pour l’organisation (et pas simplement un mot-clé qui fait joli, mais qui dans les faits ne change rien dans le quotidien des équipes). Affirmer qu’une équipe est agile n’a jamais fait de cette équipe une équipe agile. Et au-delà de vouloir “être agile”, la question est de savoir en quoi l’Agilité est un enjeu stratégique pour l’organisation. 

Lorsqu’une Agilité existe déjà, j’essaie au maximum d’impliquer des praticiens existants de l’équipe au sein de la formation pour qu’ils soient des relais, un lien entre ce que l’organisation fait et ce qu’elle pourrait faire si elle le décide. 

Les Scrum Master en place et les managers sont donc des invités de choix sur ce type de formation en plus des nouveaux arrivants :-),

En résumé : la richesse de la mixité

Quels que soient les participants à la formation, je vous invite à privilégier la mixité des profils. Il y aura toujours de bonnes occasions de renouveler des sessions d’information, de sensibilisation et de perfectionnement à l’Agilité pour les personnes absentes. 

Si nous pouvons avoir peur de l’effet de répétition, l’Agilité reste un chemin, un parcours et l’apprentissage n’est donc jamais terminé. Même si la formation peut donner l’impression de revisiter des concepts déjà connus,  gardons en tête que les expériences de chacun(e) sont toutes différentes et que les niveaux de compréhension ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre.

Suivre une formation agile est une invitation à questionner nos pratiques, nos croyances, nos envies dans l’équipe. Chacun et chacune pourra revisiter des concepts existants à la lumière de son expérience et de son parcours et certainement découvrir de nouvelles pratiques pour soi et/ou pour les autres, à engager dans son équipe actuelle ou celle de demain. 

Car, après tout, c’est ça l’Agilité : “Nous découvrons comment mieux développer des logiciels des produits par la pratique et en aidant les autres à le faire.”

Et vous, comment avez-vous formé vos équipes à l’Agilité ? Quelles sont vos expériences de formation agile ? Partagez-les moi sur LinkedIn ou à romain@supertilt.fr 🙂

Pour aller plus loin, consultez l’article de Wemanity : Méthode Scrum Agile : définition et mode d’emploi

Demandez un audit agile gratuit

Vous êtes une équipe agile et vous souhaitez prendre de la hauteur sur vos pratiques. Vous vous demandez quel pourrait être le prochain pas pour vous ? Si chaque équipe et chaque situation sont singulières, il y a néanmoins quelques questions qui me permettront de vous proposer des axes de progression. Prévoyez entre 5 et 10 minutes pour répondre à ce questionnaire. Je vous contacterai pour un échange d’environ 15 minutes.

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