Cette semaine, dans la formation à la facilitation graphique que j’anime, on a attaqué le module que tout le monde redoute un peu : le parler-dessiner. Que la formation se déroule en ligne ou en présentiel, je garde toujours cette pratique pour la fin. En ligne, elle arrive dans le dernier module. En présentiel, c’est le point d’orgue du jour 2. C’est toujours un moment particulier. Les participant.es ont déjà pris confiance avec le dessin, le vocabulaire visuel, le sketchnote. Et là, je leur propose autre chose : expliquer un concept à l’oral, tout en dessinant en direct, devant quelqu’un. À ce moment-là, je vois souvent les mêmes réactions : un mélange d’excitation, de stress, avec cette petite voix intérieure qui dit “là, je ne suis pas sûr d’y arriver”. Et c’est précisément pour ça que cette étape est centrale.
Le parler-dessiner, qu'est-ce que c'est exactement ?
Le principe est simple : on explique une idée, un projet, un processus… tout en dessinant les éléments clés au fur et à mesure. Pas besoin de tout dessiner. Juste l’essentiel. Un picto par ci, un mot-clé par là, une flèche, un cadre. Contrairement au sketchnote (où on prend des notes visuelles pour soi), le parler-dessiner s’adresse à un public. Et contrairement au scribing (où quelqu’un d’autre explique ce qui se dit), c’est vous qui menez la danse, visuellement et oralement.
C’est une modalité de présentation. Une alternative aux slides classiques. Une forme de pédagogie active où le message se construit sous les yeux de ceux qui écoutent. C’est ce que font les pompiers de Paris en intervention. Ils appellent ça du “dessin opérationnel”. Arriver sur un site en feu, dessiner le bâtiment en 3D, expliquer le plan d’action. Pas le temps de faire joli, juste efficace.
Ce que révèlent les premiers pas
Quand je demande aux apprenants de se lancer, leur retour est souvent : “C’est flippant.” Généralement on me dit que faire l’exercice seul, ça va. Mais savoir que quelqu’un va regarder, juger… c’est une autre histoire. Pendant la formation en ligne, je leur demande de se filmer et certains supportent encore moins leurs hésitations lorsqu’elles sont filmées. “On est habitués à des vidéos parfaites.”
Et pourtant, une fois lancés, pour certaines personnes c’est le déclic. Ça a été le cas pour Camille : “J’ai trouvé ça challengeant, mais en fait, plus on prépare son sujet, moins on a de blancs. Et quand on se fait accompagner, on progresse vite.” Willy, lui, avoue un “petit stress quand on appuie sur REC “, et “Ça m’a obligé à structurer. Et finalement, je pense que j’aurais pu m’appliquer encore plus… mais le message est passé.“
Tous découvrent que ce n’est pas la perfection technique qui compte mais bien l’impact sur celui ou celle qui regarde. Une collègue de Justine lui dit : “C’est trop cool d’arriver à dessiner et parler en même temps.” Sandra note que ses équipes sont “hyper preneuses“. Marie reçoit ce retour après une démo : “Les dessins restent jolis, même en parlant.“
Le paradoxe est là : tout est techniquement dégradé (moins de finesse, moins de couleurs, moins de précision), mais l’attention captée est maximale.
Pourquoi ça marche aussi bien
Parce que notre cerveau adore le double encodage : entendre ET voir en même temps. C’est une des bases de la pédagogie cognitive. Et parce que le parler-dessiner active autre chose : la narration en temps réel. On ne présente pas six points clés d’un coup. On les fait apparaître un par un. Ça donne un rythme. Ça crée de l’attente. “Qu’est-ce qu’il va dessiner maintenant ? Pourquoi il laisse ce blanc ?“
Ça oblige aussi à ralentir. À laisser respirer les idées. À ne pas noyer son public sous un flot d’informations. Et puis il y a l’authenticité. Personne ne s’attend à un dessin de pro. Ce qu’on voit, c’est quelqu’un qui construit sa pensée en direct. C’est humain. C’est moins descendant. Ça invite à la discussion. Nolwenn, ancienne enseignante, le confirme : “J’ai été prof. Parler et dessiner au tableau, je le faisais en permanence. Maintenant, c’est juste la technique du dessin qui a évolué. Mais le principe, il marche toujours.“
Comment s'y mettre (vraiment) ?
Première bonne nouvelle : vous n’avez pas besoin de savoir “bien” dessiner. Vous avez besoin de savoir structurer votre propos et de maîtriser quelques pictos de base.
Deuxième bonne nouvelle : le parler-dessiner se prépare. Beaucoup. C’est même l’usage de la facilitation graphique qui demande le plus de préparation par rapport au temps d’exécution. Mais une fois préparé, ça roule. Voilà par où commencer :
1. Choisissez un sujet que vous maîtrisez
Pas la peine de se compliquer la vie. Prenez un sujet que vous connaissez bien, que vous avez déjà expliqué plusieurs fois. L’enjeu n’est pas d’inventer, c’est de transmettre autrement.
2. Structurez en 3 à 5 grandes étapes
Votre parler-dessiner doit tenir sur une ou plusieurs feuilles, mais avec une logique claire. Identifiez les moments clés de votre discours. Ce sont eux que vous allez ancrer visuellement.
3. Préparez vos pictos et mots-clés
Listez les 5 à 10 éléments visuels dont vous aurez besoin. Entraînez-vous à les dessiner plusieurs fois. Ayez une antisèche si besoin.
4. Testez en conditions réelles (pas tout seul)
5. Gardez en tête : vous ne dessinez pas ce que vous dites
Et maintenant
Si vous vous dites “Oui mais moi je ne sais pas dessiner“, rappelez-vous : Justine, Marie, Sandra, Willy, Camille et Nolwenn ne savaient pas non plus il y a cinq semaines. Ils ont testé. Ils ont eu peur du jugement. Et ils ont tous reçu des retours positifs. Ce que les gens retiennent, ce n’est pas la qualité technique de votre trait. C’est la clarté de votre message et l’énergie que vous y mettez.
Alors peut-être que votre prochaine présentation pourrait se passer de PowerPoint. Peut-être qu’un feutre et une feuille suffiraient. Peut-être que ce serait l’occasion de retrouver l’attention de votre public. Essayez. Même 3 minutes. Même sur un sujet simple. Vous verrez que le plus dur, c’est de se lancer. Le reste, c’est de l’entraînement.
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