Gérer les tensions en équipe : ce que les neurosciences nous apprennent

Pour gérer les tensions en équipe, il faut comprendre que sous stress, le cerveau bascule en mode protection : il ne cherche plus à avoir raison, mais à se défendre. Face à une menace perçue (perte d’autonomie, remise en question), on réagit par le combat, la fuite ou le blocage. Plutôt que d’argumenter plus fort, l’enjeu pour un manager est de repérer ces réactions et de recréer les conditions d’un dialogue constructif. Voici comment.

Note : Dans cet article, nous avons choisi de simplifier certains mécanismes du cerveau pour les rendre utiles au quotidien, sans prétendre résumer toute la richesse des neurosciences.

Imaginez un manager qui annonce à son équipe qu’il faut revoir les priorités du mois. Le contexte a bougé, un client attend une réponse rapide, il faut réorganiser un peu le travail. Mais dans la discussion, un collaborateur réagit fortement. Il conteste la décision, se justifie, revient plusieurs fois sur le même point. Le manager explique, précise et plus il le fait, plus la discussion se tend.

C’est une tension en équipe assez fréquente dans la vie professionnelle. On pense parler d’organisation, de planning ou de méthode, alors qu’en face, la personne comprend plutôt : remise en question de son travail, de son autonomie, de sa place dans le groupe. Et quand une discussion bascule sur ce terrain-là, les meilleurs arguments du monde ne suffisent pas à calmer le jeu.

Dans cet article, on vous propose un détour par les neurosciences pour regarder ces situations autrement. Sans nécessairement devenir des spécialistes du cerveau, ces quelques notions simples peuvent déjà aider à comprendre pourquoi certaines tensions montent si vite, pourquoi l’écoute devient plus difficile, et comment recréer les conditions d’un dialogue plus constructif au travail.

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Pourquoi notre cerveau ne cherche pas d'abord à avoir raison ?

Notre cerveau est équipé pour repérer très vite ce qui pourrait nous mettre en danger. Les travaux du neuroscientifique Joseph LeDoux ont notamment montré que certaines informations liées à la peur ou à la menace peuvent être traitées très rapidement, avant même que nous ayons pris le temps d’en faire une analyse consciente et détaillée.

Dans une équipe, le danger n’est généralement pas physique. Personne ne risque de se faire poursuivre par un tigre entre deux slides PowerPoint. Mais une remarque en réunion, un feedback mal reçu, une décision imposée ou une perte d’autonomie peuvent quand même être vécus comme une menace. Pas une menace pour notre survie, évidemment, mais pour notre place, notre crédibilité, notre sentiment de compétence ou notre besoin de reconnaissance.

On se retrouve alors avec des situations où vous pensez parler planning, budget ou priorité, alors qu’en face, la personne peut entendre : “on ne me fait pas confiance”, “mon travail n’a pas de valeur”, “je perds la main sur mon sujet”. Et quand le cerveau passe en mode protection, l’écoute, la nuance et la prise de recul deviennent plus difficiles.

Les recherches sur le stress au travail montrent d’ailleurs que l’activation émotionnelle peut perturber le fonctionnement du cortex préfrontal, cette zone très impliquée dans l’attention, la prise de décision et la régulation de nos réactions. Autrement dit : plus une personne se sent menacée, moins elle est disponible pour analyser calmement ce que nous essayons de lui dire.

Quelles sont les 3 réactions fréquentes face à une tension ?

Face à une menace perçue, les êtres humains ont tendance à mobiliser trois grandes stratégies de protection, souvent regroupées sous les termes “fight, flight ou freeze” (combattre, fuir ou se figer). Ces réactions ne sont ni bonnes ni mauvaises : ce sont des tentatives de protection face à une situation vécue comme menaçante.

Depuis plus d’un siècle, les chercheurs qui étudient le stress observent ces grandes stratégies. Même si la réalité est souvent plus nuancée, elles constituent une grille de lecture intéressante pour comprendre certains comportements en équipe.

Le combat (fight)
La personne attaque, critique, coupe la parole ou cherche à reprendre le contrôle. Vue de l’extérieur, elle paraît agressive ou fermée. Mais derrière cette réaction, il peut y avoir un besoin de défendre sa place, son expertise ou son sentiment de justice.

La fuite (flight)
La personne évite le sujet, reporte la discussion, répond vaguement ou se désengage. On peut croire qu’elle manque d’implication. En réalité, elle essaie peut-être surtout de sortir d’une situation devenue trop inconfortable.

Le blocage (freeze)
La personne se tait, acquiesce sans vraiment adhérer, semble figée ou incapable de décider. Ce n’est pas forcément du désintérêt. C’est parfois le signe que la tension est devenue trop forte pour qu’elle puisse encore réfléchir clairement.

Ces réactions sont souvent regroupées sous les termes “fight, flight ou freeze” (“combattre, fuir ou se figer”). Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles constituent avant tout des tentatives de protection face à une situation vécue comme menaçante.

L’enjeu, pour un manager ou un facilitateur, n’est pas de coller une étiquette sur les personnes. C’est plutôt de repérer le type de réaction qui apparaît, pour ajuster sa manière d’accompagner la discussion.

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Comment repérer qu'une discussion commence à se tendre ?

Certaines réactions peuvent indiquer qu’une discussion est en train de sortir du champ purement rationnel :

  • les mêmes arguments reviennent en boucle
  • le ton monte progressivement
  • les interprétations prennent le pas sur les faits
  • une personne coupe systématiquement la parole 
  • quelqu’un se replie soudainement dans le silence
  • la discussion dérive vers des reproches anciens
  • personne ne semble réellement écouter les réponses de l’autre

Repérer ces signaux tôt permet d’intervenir avant que la tension ne devienne ingérable.

Comment réagir face aux tensions en équipe ?

Derrière une opposition, un silence inhabituel ou une réaction disproportionnée, il n’y a pas forcément de la mauvaise volonté. Il peut y avoir un besoin de reconnaissance, un manque de visibilité, une peur du changement ou simplement le sentiment de ne pas avoir été entendu. Avant de chercher à résoudre le problème, essayez de comprendre ce qui alimente la tension.

Quelques réflexes peuvent aider :

  • Poser des questions avant de donner des réponses. Par exemple : “Toi qui es sur le sujet au quotidien, qu’est-ce que ça change pour toi cette réorganisation, comment tu vois les choses ?”
  • Reformuler ce que vous avez compris. “Donc si je résume, tu dis que le délai annoncé n’est pas tenable avec la charge actuelle, c’est bien ça ?”
  • Revenir aux faits plutôt qu’aux intentions. Par exemple : “Reprenons, le client a avancé sa deadline de deux semaines, voilà ce que ça change”
  • Reconnaître l’émotion sans forcément être d’accord avec elle. Par exemple “OK, je sens que c’est un point sensible, prenons le temps d’en parler”
  • Faire une pause lorsque la discussion tourne en rond. Proposer par exemple “On tourne un peu en boucle là, je propose qu’on y revienne cet après-midi à tête reposée.”

Le but est tout simplement de recréer les conditions d’un dialogue constructif. Comprendre ne signifie pas céder : ça permet simplement de traiter la véritable difficulté plutôt que ses symptômes.

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Regarder plus loin que la tension

Une équipe sans tension, ça n’existe pas et c’est tant mieux. Les désaccords, les débats, les discussions font partie du travail collectif. C’est souvent comme ça qu’on avance et qu’on évite les faux consensus.

Le sujet c’est ce qu’on fait quand la tension monte. Si une équipe passe souvent en mode défense, ce n’est peut-être pas seulement parce que certaines personnes “réagissent mal”. C’est peut-être aussi parce que le cadre de travail active trop souvent ce mode protection : des décisions peu expliquées, des désaccords jamais posés, une charge trop forte, une culture où l’erreur coûte cher.

Vu comme ça, une tension devient une information sur le système, pas seulement un problème de personne. Quelqu’un qui attaque cherche peut-être à défendre sa place. Quelqu’un qui se tait ne se sent peut-être pas assez en sécurité pour parler. Quelqu’un qui évite protège peut-être son énergie.

Comprendre ce qui se passe dans le cerveau sous stress aide à déculpabiliser. Aux organisations de créer un cadre où l’on peut dire les chose et prendre sa place sans passer son temps à se protéger. C’est là que le rôle du management et de la facilitation devient particulièrement important : créer les conditions pour que les tensions puissent être exprimées, comprises et dépassées.

Pour aller plus loin (sources)

Si ce sujet vous intéresse, nous vous invitons également à découvrir nos articles sur les émotions au travail, la CNV, les accords toltèques et la prévention du burn-out.

  • Cannon, W. B. (1915). Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage
  • LeDoux, J. (1996). The Emotional Brain
  • Sapolsky, R. (2004). Why Zebras Don’t Get Ulcers
  • Joseph LeDoux, The Emotional Brain (1996) — sur les circuits de la peur et le rôle de l’amygdale
  • Daniel Goleman, L’Intelligence émotionnelle (1995) origine du concept de « kidnapping amygdalien »
  • Travaux contemporains en psychologie du stress sur les réponses fight / flight / freeze (à la suite des travaux fondateurs de Walter Cannon et Hans Selye)
  • Amy Edmondson, The Fearless Organization (2019) – sur la notion de sécurité psychologique au travail

L'autrice

Emmanuelle Marceau
Ce que j’aime le plus, c’est imaginer des moyens simples et efficaces de partager nos idées : un article, un post LinkedIn ou Instagram, une vidéo… ou même une formation. Et si vous avez envie d’échanger ou de découvrir notre univers, retrouvez-nous sur LinkedIn et Instagram !

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