Faut-il savoir dessiner pour faire de la facilitation graphique ? Pas pour commencer. Soyons honnêtes, un bon coup de crayon donne plus d’impact à une planche. Mais on peut acquérir des bases solides à partir de formes simples, et ces dessins-là ont aussi de l’impact. Le trait devient ensuite moins hésitant avec la pratique. Avant chaque formation, nous envoyons un questionnaire aux participant·es. Et depuis touts ces années on nous dit souvent : « je ne suis pas à l’aise avec le dessin », « j’ai peur de la page blanche », « je fais toujours les mêmes dessins ». Si vous vous reconnaissez là-dedans, vous êtes au bon endroit (on en parlait déjà dans Pensée visuelle : ce qui vous motive, ce qui vous freine).
Dans cet article, on vous explique ce que la facilitation graphique demande vraiment, et on vous propose un exercice de 10 minutes pour tester par vous-même.
Dessiner joli ou dessiner pour être compris : deux métiers différents
Quand on dit « je ne sais pas dessiner », on fait le plus souvent référence au dessin d’observation : reproduire un visage, une main, une perspective. La facilitation graphique n’a pas ce but réaliste et esthétique : son objectif est d’aider un groupe à comprendre, expliquer, décider ou partager. Un bon coup de crayon renforce ce message mais il ne le remplace pas. C’est aussi ce que montrait Mike Rohde lors de son atelier sur le sketchnoting.
Une planche réussie, c’est une planche qui aide à comprendre. Personne ne vous demandera si votre personnage ou votre objet ont les bonnes proportions. On regardera surtout si l’on retrouve le fil de la réunion en un coup d’œil.
Ce dont vous avez besoin
Dans la pratique, 4 choses comptent bien plus que de savoir dessiner :
- Un petit vocabulaire de pictos. Une dizaine de formes simples suffit pour démarrer : un personnage, une bulle, une flèche, une ampoule, un calendrier. Les 6 pictos essentiels sont un bon point de départ, et Picto Dico vous en propose des centaines, classés par thème. Pour les idées abstraites, voici comment illustrer un concept en pictogramme.
- Un lettrage lisible. Des capitales bien formées font déjà beaucoup pour une planche.
- Une structure. Où va le titre, comment les blocs s’enchaînent, quel chemin suit le regard. C’est ce qu’on appelle l’architecture de page, et notre outil gratuit pour organiser sa page vous aide à choisir la bonne.
- Un peu de couleur, au bon endroit. Une ombre, un cadre, une mise en valeur : voici comment utiliser la couleur.
Ces 4 éléments reposent sur des techniques plus que sur un talent. Bien maîtrisés, ils donnent déjà des planches percutantes. Et à force de pratique régulière, le coup de crayon progresse aussi.
Un exercice de 10 minutes
pour vous prouver le contraire
Prenez une feuille A4, un feutre noir et, si vous en avez un, un feutre de couleur claire. Mettez un minuteur.
- La patate (3 min). Dessinez une forme ovale un peu bosselée, sans chercher à la rendre régulière. Ajoutez deux points pour les yeux, un trait pour la bouche, deux bâtons pour les jambes. Voilà votre personnage.
- Les émotions (3 min). Redessinez-la quatre fois en ne changeant que les sourcils et la bouche : contente, inquiète, en colère, surprise. Vous venez de créer un personnage expressif. Pour aller plus loin : 6 conseils pour dessiner des personnages simples.
- La mise en scène (4 min). Choisissez une idée de votre quotidien, par exemple « ce qui fait une bonne réunion ». Écrivez le titre en capitales en haut de la feuille, puis placez trois patates autour, chacune avec un mot-clé et un petit objet : un calendrier, une bulle, un réveil.
Regardez le résultat. Ce n’est pas encore du grand art, mais c’est lisible, et quelqu’un qui n’était pas là comprend de quoi vous parlez. C’est exactement ce qu’on attend d’une facilitation graphique.
Un conseil si vous voulez continuer : gardez vos meilleurs pictos dans un carnet. C’est le début de votre bibliothèque graphique, et elle vous fera gagner beaucoup de temps. Pour continuer à vous entraîner, nos 6 exercices gratuits de facilitation graphique prennent le relais.
Un truc qui change tout : une ombre colorée, toujours du même côté de la patate. Regardez comme elle donne du volume, même avec trois traits.
Ce qui se passe en deux jours de formation
L’exercice vu précédemment, c’est à peu près la première heure de notre formation. Voici comment la suite se déroule, en général :
- On commence petit. Des patates, des pictos, du lettrage, sur des feuilles A4. Oui, on dessine des patates, mais pas seulement.
- On apprend en faisant. En testant, en ratant, en recommençant. Une planche ratée en formation coûte trois minutes ; c’est le meilleur endroit pour se tromper.
- Puis on passe au grand format. Le paperboard intimide un peu au début (à lire aussi : 3 mois pour oser dessiner devant 100 personnes).
Puis chacun et chacune s’y met et prend confiance. - On repart avec une méthode. Des architectures de pages réutilisables, une bibliothèque de pictos et des réflexes pour structurer une idée devant un groupe.
En deux jours, vous allez progresser et ça se voit sur les planches. Mais le vrai déclic, c’est le moment où l’on arrête de se demander si c’est assez beau et où l’on se sert du dessin pour expliquer quelque chose. L’une des planches réalisées en formation s’intitule même « Pourquoi Patate mérite une augmentation », à glisser subtilement à son manager.
Questions fréquentes
Faut-il un niveau minimum en dessin pour suivre la formation ? Non, aucun prérequis en dessin n’est demandé : on part des formes de base et on construit à partir de là. La plupart des participants arrivent en disant qu’ils ne savent pas dessiner.
À qui s’adresse la facilitation graphique ? Aux personnes qui animent, forment ou expliquent : formateurs, managers, coachs, chefs de projet, consultants. Bref, à tous ceux qui ont besoin de rendre une idée claire pour un groupe.
Combien de temps faut-il pour être à l’aise ? Deux jours suffisent pour acquérir les bases et oser le paperboard. L’aisance vient ensuite avec la pratique régulière, quelques minutes par semaine suffisent.
Quel matériel faut-il ? Des feutres noirs de deux épaisseurs, un ou deux feutres de couleur claire pour les ombres, et du papier. Le détail est dans notre article sur le matériel de facilitation graphique.
Peut-on faire de la facilitation graphique sur tablette ? Oui, les principes sont les mêmes. Mais commencer sur papier aide à lâcher prise, parce qu’on ne peut pas effacer. Si vous passez au numérique, voici comment débuter sur tablette sans perdre de temps en réglages.
Envie d’essayer en vrai ?
Si l’exercice vous a donné envie d’aller plus loin, la formation « Facilitation graphique, communiquer avec le visuel » dure deux jours. Il est aussi possible de se former en ligne.
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